Le Culte Luthérien

Qu'est-ce que le culte?

 

C'est une audience à laquelle le Roi des rois convoque son peuple. Ce matin, il nous a convoqués avec la chrétienté toute entière parce que ce jour est l'anniversaire hebdomadaire de la résurrection du Christ, pour que nous nous retrouvions tous dans la joie et la disponibilité, prêts à l'écouter et à le servir.

 

La cloche sonne: ¬ęRassemblez, rassemblez mon peuple¬Ľ, tout le village, tout le quartier, tous savent que le peuple de Dieu s'assemble. Dans cette affaire, tout part de Dieu. Rien de nos sentiments, de nos bonnes ou mauvaises dispositions, des id√©es que nous avons maintenant √† l'esprit √† cause des √©v√®nements qui viennent de se d√©rouler ou de ceux que nous pr√©voyons. Avouons-le, seuls, de nous-m√™mes, nous ne serions pas venus: on s'habitue tr√®s bien, n'est-ce pas, √† ne pas venir au culte? Nous sommes convoqu√©s, non √† cause de nos m√©rites, mais par pure gr√Ęce, et pendant tout ce culte, Dieu s'offre √† nous, il nous sert par sa Parole et dans le sacrement, sa pr√©sence qui donne la vie. Voil√† ce qu'il nous offre par amour. Nous appelons notre culte " service divin ", car Dieu nous sert. Il a pr√©par√© pour chacun tout ce dont il a besoin.

 

Et c'est un service aussi parce que Dieu… nous appelle à notre tour à le servir, à lui répondre. Nous c'est-à-dire un peuple, non pas quelques individus juxtaposés, mais un peuple rassemblé auquel le Seigneur accorde son audience.

 

Certes, il y a et doit y avoir des rencontres individuelles, celles o√Ļ, seul avec Dieu, nous prions et √©coutons sa Parole. Chez nous, s√©par√©s. Mais ici, il s'agit d'une rencontre collective. Et c'est une grande force d'√™tre un peuple. Nous pouvons nous appuyer les uns sur les autres, les uns sur la pri√®re des autres. C'est pour cela que nous entrons dans un dialogue serr√©, press√©, car la Parole du Seigneur veut nous arracher √† notre passivit√© ; elle nous r√©veille, elle nous interpelle ; elle r√©clame une r√©ponse de tous. Aussi veut-elle que nous soyons tous actifs, et pas seulement le pasteur ou le lecteur ; ensemble nous allons participer √† cet √©change de vie, et participer √† la vie du Christ.

 

Voilà pourquoi il y a une surabondance de petits chants liturgiques que nous appelons précisément des répons parce qu'à travers eux, nous répondons à l'appel du Christ par notre louange, notre prière, afin de lui offrir notre vie, pour qu'elle soit fécondée par l'Esprit et qu'elle nous rende capables de le servir encore avec des forces nouvelles tout au long de cette semaine.

 

Peut-√™tre l'un de nous est-il triste, alors il va √™tre entra√ģn√© dans la joie du P√®re : Gloire soit √† Dieu¬Ö Peut-√™tre un autre est-il joyeux, alors il va √™tre entra√ģn√© dans l'humilit√© : Seigneur aie piti√©. Ensemble, joyeux avec ceux qui sont heureux, pleurant avec ceux qui pleurent, nous avons besoin de la pri√®re des autres. Voil√† l'audience que Dieu nous accorde et que nous allons vivre.

 

Cela ne se fait pas dans le vide: un certain jour, ce dimanche, anniversaire de la r√©surrection, tourn√© vers l'avenir lumineux du royaume dont le culte d√©j√† nous donne un avant-go√Ľt. Cela se fait dans un certain ordre. Et c'est sans doute bien ainsi : qu'il y ait un √©quilibre au milieu de ce d√©sir effr√©n√©, de cette d√©mangeaison de sensations nouvelles, qui nous guettent tous. Ce n'est pas que rien ne sera nouveau puisque Dieu nous parle. Mais le cadre liturgique nous ram√®ne √† des v√©rit√©s √©ternelles qui ne sont pas les v√©rit√©s passag√®res de l'actualit√©, mais la V√©rit√© √©crite dans notre destin d'hommes: nous sommes les enfants de Dieu r√©volt√©s contre le P√®re, mais que le P√®re consid√®re toujours √† nouveau comme ses enfants. Et cela se passe dans un certain lieu. Certes, Dieu est partout, mais ici il y a un lieu privil√©gi√©, construit en son honneur, qui montre que Dieu n'est pas rest√© en dehors de ce monde, mais qu'il est venu, qu'il est pr√©sent : " L√† o√Ļ deux trois sont r√©unis en mon nom, je suis au milieu d'eux. " (Mt 18, 20).

 

Il faut se pr√©parer : si notre culte prend place dans la h√Ęte d'une matin√©e charg√©e, entre le petit d√©jeuner rapide et les courses √† faire, alors il nous est difficile, voire impossible, de recevoir le Christ. C'est d√©j√† la veille que nous devons nous pr√©parer, et pour cela, prier pour demander l'Esprit de Dieu, prier pour la Paroisse qui se rassemble, pour le pasteur, faire, comme le sugg√©rait Luther, notre examen de conscience, la loi de Dieu en mains. Ici nous ne venons pas √©couter un cours savant pour que certaines choses entrent dans notre cerveau, mais pour √™tre engag√©s, entra√ģn√©s, et avec nous - car Dieu n'est pas seulement l'ami des hommes - toute la cr√©ation : que la cire des bougies, le travail de l'artiste, le bois de la chaire, la couleur, les pierres, le papier de la Bible, que tout cela soit r√©concili√© avec lui. Dieu attend que l'homme vienne avec toutes les cr√©atures √† son audience.

 

Albert Greiner, I.E. et Jacques Fischer, La Pr√©sentation du culte luth√©rien , extraits